A peine entré en fonction, le chancelier Friedrich Merz est reçu le 10 mai 2025 par le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Kiev.
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Par Karl De Meyer Alors que les Etats-Unis se désintéressent de l'Europe, voire l'attaquent, Friedrich Merz veut insuffler un nouvel élan dans la dynamique des futurs élargissements de l'Union européenne, dans le but de la renforcer et d'en éloigner les puissances hostiles. Dans une lettre dont « Les Echos » ont obtenu une copie, en date du 18 mai et adressée à Antonio Costa, président du Conseil européen, à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, et à Nikos Christodoulides, le président de Chypre qui assure ce semestre la présidence de l'UE, le chancelier allemand estime que « le processus de l'élargissement prend trop de temps ». Avec pour conséquence de créer « de la frustration dans les pays candidats et aussi dans les Etats membres ». Alors que Volodymyr Zelensky, dans sa cinquième année de guerre contre la Russie, a besoin de donner des gages à ses concitoyens sur le chemin européen de l'Ukraine, Friedrich Merz propose « des solutions innovantes ». Le dirigeant chrétien-démocrate appelle à ouvrir formellement, « immédiatement et sans délai », tous les clusters d'alignement de la législation ukrainienne sur l'acquis de l'UE. Déblocage hongrois Kiev, qui a obtenu le statut de candidat à l'UE en juin 2022 et le feu vert pour l'ouverture des négociations en décembre 2023, n'a pu ouvrir aucun des 33 chapitres de manière formelle jusqu'ici, à cause du veto hongrois qu'a toujours posé Viktor Orban, hostile au soutien européen à l'Ukraine et encore plus à son adhésion. L'alternance d'avril dernier à Budapest et l'arrivée au pouvoir de Péter Magyar, qui adopte un ton plus conciliant à l'égard de Kiev, pourraient changer la donne. Lire aussi : L'ouverture d'un ou de plusieurs clusters pourrait être décidée lors de la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères, le 16 juin, si la rencontre entre Péter Magyar et Volodymyr Zelensky prévue début juin se révèle constructive sur la question du traitement des minorités hongroises en Ukraine. Surtout, Friedrich Merz souhaite proposer pour l'Ukraine un nouveau statut de « membre associé » de l'UE, transitoire. « Il ne s'agirait pas d'une adhésion light, irait plus loin que l'accord d'association existant et accélérerait le processus d'adhésion », détaille-t-il dans son courrier. Représentation sans droit de vote Le chancelier propose que des représentants ukrainiens participent au Conseil européen et aux conseils des ministres de l'UE (mais sans droit de vote bien sûr) ou encore que Kiev puisse avoir un Commissaire associé dans l'exécutif européen, certes sans portefeuille mais en position de faire remonter l'information vers son pays. Friedrich Merz imagine en outre envoyer des Ukrainiens comme observateurs au Parlement européen (là encore sans droits de vote), et à la Cour de Justice de Luxembourg. En parallèle, selon lui, la procédure d'adhésion normale doit continuer pour « assurer que l'on puisse arriver à une adhésion formelle aussi vite que possible ». Selon des sources allemandes, le chancelier a déjà pu s'entretenir de ses propositions avec ses homologues lors du dernier sommet informel de Nicosie, en avril. Elles arrivent quelques mois après que la Commission a soumis un schéma alternatif d'« adhésion inversée », dans lequel l'Ukraine aurait été rapidement membre de plein droit de l'UE mais aurait intégré les différentes politiques de l'UE progressivement, au fur et à mesure de ses progrès législatifs. Les Etats membres ont rejeté cette configuration. Intégration graduelle En ce qui concerne les candidats des Balkans occidentaux, qui patientent dans l'antichambre depuis parfois vingt ans, Friedrich Merz propose une intégration graduelle à certaines politiques ou certaines règles (comme le roaming pour les communications). Cette vision n'est pas nouvelle et a déjà été mise en oeuvre. Dans les faits, la question de l'élargissement pose de très nombreuses questions techniques, légales, politiques, économiques. Un groupe de travail planche toutefois déjà sur le traité d'adhésion du Monténégro, le candidat le plus avancé, qui rêve d'adhésion dès 2028-2030. Equation ukrainienne Ce traité de nouvelle génération, qui servira de modèle pour les suivants, doit introduire de nouvelles clauses de sauvegarde très fortes concernant le respect de l'état de droit. Les nouveaux entrants pourraient être privés de leur droit de veto sur certaines politiques pendant un certain laps de temps. L'équation ukrainienne est la plus complexe en raison de la guerre, de son poids démographique et de son statut de superpuissance agricole. Lire aussi : Même si les Vingt-Sept finissent par donner leur feu vert à une ou plusieurs adhésions, restera la question des ratifications. Plusieurs pays (France, Irlande) pourraient emprunter la voie hasardeuse du référendum. Un seul « non » bloquerait la procédure. Les leaders pourront échanger sur le dossier dans deux semaines, au sommet UE Balkans organisé le 5 juin à Tivat, au... Monténégro. Karl De Meyer (Bureau de Bruxelles) Thématiques associées
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