TÉMOIGNAGE. Agriculture bio : "On a attendu quatre ans pour avoir un permis de construire"... un exploitant raconte sa vie "pas si facile", entre convictions écologiques et lourdeurs administratives
Ladepeche
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À Moissac (Tarn-et-Garonne), Léandre, éleveur de porcin biologique, défend une agriculture qu'il juge plus cohérente avec ses valeurs. Mais derrière l'image positive du bio et des circuits courts, son quotidien est rythmé par une accumulation de contraintes administratives, des investissements lourds et un modèle économique irrégulier. Après une décennie de forte croissance, l'agriculture biologique connaît aujourd'hui un ralentissement, en témoigne le rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Une charge administrative lourde Si les aides à la conversion ont permis à la filière bio de se structurer et aux opérateurs économiques d'investir lourdement pour accueillir des volumes inédits, "l'impact" administratif pèse lourd sur les épaules du jeune homme. "À la ferme, on a dû attendre quatre ans pour avoir un permis de construire", nous raconte-t-il. Une durée qu'il considère disproportionnée et inégale face à des exploitations conventionnelles voisines ayant obtenu leurs autorisations plus rapidement. Tenue à jour des registres d’apport d’intrants, plan de culture, factures de semences : les agriculteurs engagés dans le bio doivent répondre à des cahiers des charges précis et à des exigences documentaires importantes. Sans autre salarié ni secrétaire pour l'accompagner, Léandre ne compte pas ses heures pour tout faire de A à Z. Lien interne vers l'article n°12606768 Une part d'incertitude sur les crises sanitaires Une autre inquiétude plane au-dessus des terres porcines de Léandre. Entre l'assèchement des sols et le passage de la tempête Nils sur la région, il craint que les aléas climatiques se multiplient sans solution pérenne pour la filière bio. Pour les éleveurs biologiques, cette adaptation peut parfois être plus délicate puisque le cahier des charges limite certains leviers techniques utilisés ailleurs, ce qui demande davantage d’anticipation et de prévention sanitaire. Lien interne vers l'article n°13378628 La crise de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui a pris des allures de grande pagaille l'hiver dernier, est encore dans les têtes de nombreux agriculteurs. Léandre n'a pas de bovins mais rien n'indique qu'une maladie sans vaccin immédiat ne s'abatte un jour sur ses porcs ou ses moutons. "Dans le bio, nous avons parfois moins de solutions immédiates face à certains problèmes sanitaires. Cela demande davantage d’anticipation et d’adaptation", complète l'éleveur. Une concurrence croissante sur le marché ? Et en termes de chiffre d'affaires ? Qu'en disent les consommateurs ? "Ils sont au rendez-vous, nous dit Léandre. Mais je pense que les gens sont de plus en plus attirés par le circuit court et préfèrent acheter un légume ramassé à deux kilomètres de chez eux qu'un produit bio qui a traversé l'Europe." Lien interne vers l'article n°13361987 Une analyse qui corrobore les données du ministère de l'Agriculture : le marché bio connaît depuis plusieurs années un ralentissement, alors que les circuits courts et l’achat direct au producteur conservent une dynamique plus favorable. Et face aux exigences des consommateurs, l'offre des magasins de producteurs fleurit en ruralité mais aussi dans les grandes villes. Léandre, qui fournit sa viande dans un dépôt-vente à Toulouse, dénonce d'ailleurs un manque de transparence vis-à-vis de boutiques concurrentes qui, d'après lui, jouent sur "la fibre du circuit court" en proposant des marchandises issues... de la région voisine.
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